Northern Dancer, l’indomptable.

Début des années ’60, alors que je n’étais encore qu’un enfant, j’habitais la ferme familiale avec mes parents ainsi que mes six frères et sœurs.

Par les belles journées d’été, quand je voulais aller jouer avec mes amis au village, je prenais souvent un raccourci par le champ en pâturage près de la maison. J’économisais alors de précieuses minutes et ainsi, profiter de ce temps à  jouer.

Une fin d’après-midi de juillet, alors que je revenais pour le souper,  je m’apprêtais à sauter par-dessus la clôture et c’est à ce moment que je vis mon père arriver avec sa vieille camionnette Chevrolet. Ce qui avait de particulier cette fois, c’est que je pouvais voir la queue noire d’un pur-sang anglais qui dépassait de la remorque à vache.

J’y accouru pour m’informer de ce qui se passait. C’est alors que je vis apparaître le paternel tout souriant en refermant sa porte.

« On a un nouveau cheval mon garçon! » – me dit-il.

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Il eut un peu de mal à le sortir de la remorque et à lui redonner sa liberté dans le champ où j’avais l’habitude de passer. Aussitôt qu’il le lâcha, l’étalon parti en flèche à une vitesse folle faisant le tour de la clôture, visitant ainsi son nouvel environnement. Il avait vraiment fière allure, d’une forme remarquable, un vrai cheval de course.

« T’as acheté un cheval? » Criai-je à mon père.

« Oui, et je l’ai eu pour une bouchée de pain. » dit-il en riant. « Mais il y a un mais. Ce cheval est fou. Quand on l’a en main, il n’y a aucun problème, mais aussitôt qu’il est en liberté, il devient très dangereux. Si quelqu’un se trouve du même côté de la clôture, il se rue sur le malheureux, lui passant directement sur le corps. Alors, mon gars, ne t’avise pas de marcher dans le même enclos que lui. »

Alors, ce cheval ne valait rien parce qu’il était fou. Par contre, c’était un véritable cheval de course, un étalon de premier rang. Le genre de bête qui vaut une vraie mine d’or à son propriétaire. Ce soir-là, je l’ai passé bien installé assis sur la clôture à le regarder courir presque sans arrêt. J’avais de la difficulté à croire ce que mon père disait. Mais je n’étais pas prêt à tester la bête.

Le lendemain, je me suis levé de mon lit assez tard parce que c’était journée de congé. Quand je me suis levé, je suis allé regarder par ma fenêtre pour voir l’étalon. Quelle ne fût pas ma surprise de voir ma tante, qui était arrivée tôt pour nous rendre visite, en train d’ouvrir la grille du champ avec du foin dans les mains. Elle s’avançait vers le cheval qui ne l’avait pas encore vu du fond de l’enclos.

Je devais voir ça, alors je n’ai même pas pris le temps de m’habiller convenablement et je suis descendu en courant pour sortir de la maison.

Alors que j’arrivais près de la clôture de l’enclos et que j’entendais mon père gueuler de loin à ma tante, le cheval releva la tête. Aussitôt qu’il l’a vu, il est parti comme une véritable balle de fusil. On aurait pu jurer que ses yeux étaient rouges et que la fumée sortait de ses narines.

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Il ne s’est jamais arrêté. Il est passé littéralement dessus ma pauvre tante qui est tombée à la renverse les pieds en l’air. Je dois avouer qu’aujourd’hui, quand je repense à cette scène, je suis pris d’un véritable fou rire. Cette tante, je ne l’avais jamais vraiment aimé à cause de son air bête. La voir se faire renverser par le cheval était digne d’un film de western!

Après cet événement, je n’osais plus prendre mon raccourci pour rejoindre ma gang. Mais je trouvais ça vraiment très pénible et un jour, j’en avais assez et j’ai décidé de tenter ma chance. J’attendis que l’étalon soit le plus loin possible d’où j’étais et je me suis élancé.

J’ai couru, mais le cheval m’aperçu beaucoup plus rapidement que ma pauvre tante. Je n’avais pas le temps de traverser, j’étais pris. J’ai dû trouver une solution ou une cachette et vite, mais il n’y avait qu’un vieux tas de garnottes au milieu du champ.

Je me précipitai tout de suite à cet endroit et comme le cheval était pour m’atteindre, sans y penser, je pris un caillou et je lui lançai en pleine tronche. Surpris il détourna sa course mais revint rapidement à la charge. Je pris une autre roche et lui lançai encore. Il tourna sur lui-même et rechargea de plus belle. Après plusieurs minutes de ce manège, mes amis, de l’autre côté du champ me virent.  Je leur fis signe et ils vinrent m’aider en renfort.

C’est seulement après plus d’une heure que nous réussîmes à dompter la bête. Ce qui est marrant, c’est qu’il n’y avait plus de tas de roche… non, celui-ci était littéralement étendu à grandeur de pâturage. Ce soir-là, le cheval était bien tranquille et on pouvait même marcher dans l’enclos sans risque.

Quelques jours plus tard, le gars qui avait vendu le cheval à mon père passait dans le coin. Quelle ne fût pas sa surprise de voir qu’il y avait quelqu’un dans l’enclos avec le cheval.

Il s’est arrêté pour venir voir s’il s’agissait bien de son cheval. Quand il vit que c’était bien lui, il est venu me voir, moi qui se tenait à l’intérieur de la clôture. Je voyais bien qu’il se questionnait quand il me vit, je lui ai alors raconté ce qui c’était passé. Je lui dit alors: « Si le cheval cours vers vous, vous n’avez qu’à faire semblant de ramasser un caillou, il s’arrêtera net. »

Le monsieur fit le test et c’est exactement ce qui se passa. Surpris et impressionné, il alla voir mon père qui lui revendit son cheval pour le même prix. Mon père était trop bon!

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Le gars parti sur le champ avec son étalon direction les courses de chevaux.

northern_dancerUn peu plus tard, j’entendis parler de ce cheval. Son nom était le Northern Dancer. Pendant une seule fin de semaine, il sorti courir 18 fois. Croyez-le ou non mais Northern Dancer a fini premier 14 fois, deux fois 2e et deux fois 3e. Pendant sa carrière, il rapporta plus d’un demi-millions de dollars à son propriétaire, M. Taylor. Il a également été consacré étalon de la deuxième moitié du 20e siècle.

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